DON KING, LE VRAI GANGSTER DE LA BOXE - STEREOCAP

DON KING, LE VRAI GANGSTER DE LA BOXE

Quiconque ayant jeté un œil au moindre championnat du monde de boxe dans les années 80 et 90 ne peut pas ne pas l’avoir remarqué : sitôt le combat terminé, il est celui qui grimpait sur le ring pour poser aux côtés du vainqueur et enchaîner face caméra les déclarations les plus tonitruantes.

Il faut dire qu’entre son éternel cigare entre les dents, sa célèbre coupe de cheveux à la verticale, sa joaillerie de rappeur et sa horde de drapeaux des États-Unis épinglés sur la poitrine, Don King est tout sauf du genre discret.

Et tant pis s’il n’a de cesse d’être décrié pour ses magouilles, ses mensonges et son machiavélisme par toute personne ayant travaillé de près ou de loin avec lui, près tout ce n’est pas comme s’il avait vu défiler sous sa coupe absolument tous les plus grands noms de son temps, de Muhammad Ali à Mike Tyson, en passant par Evander Holyfield, Roy Jones Jr. ou encore Joe Frazier.

[Et puis George Foreman, Larry Holmes, Julio César Chávez, Sugar Ray Leonard, Andrew Golota, Roberto Durán, Bernard Hopkins, Félix Trinidad…]

D’ailleurs lorsqu’il feint de se soucier des critiques, jamais à une excentricité près, voilà ce qu’il répond : « Personne ne m’accorde le moindre crédit pour ce que j’ai accompli ! Tous ces gens me diabolisent, mais qui peut se vanter de s’être sorti de la misère et du désespoir pour arriver là où j’en suis arrivé ? Qui d’autre a enrichi par millions des jeunes noirs qui n’avaient rien ? Qui a vécu une vie comme la mienne ? »

À sa décharge, difficile de lui donner tort sur ce dernier point.

Du sang sur les mains

Né le 20 août 1931 à Cleveland, très ironiquement, adolescent Donald King se rêve avocat. Inscrit l’année de ses 18 ans en fac de droit, il voit cependant ses plans changer du tout au tout lorsque l’été précédent la rentrée scolaire, son grand frère Connie l’engage comme bookmakeur pour la loterie (illégale) du coin.

Déjà des plus habiles avec les chiffres, il se balade alors dans le voisinage pour vendre des tickets à 1$ et enregistrer les numéros choisis par les joueurs. L’affaire tourne bien, et plutôt de rejoindre les bancs de l’université, le jeune King décide de lancer sa propre loterie. Là encore tout roule, d’autant plus qu’il réussit à se tenir à l’écart de tous problèmes légaux.

Le 2 décembre 1954, à 23 ans, sa vie manque néanmoins de changer du tout au tout lorsque trois individus armés tentent de braquer l’une de ses maisons de paris. Présent sur les lieux, King ne l’entend pas de cette oreille et abat l’un des assaillants, un certain Hillary Brown.

Plaidant la légitime défense à son procès, il s’en tire avec les bonnes grâces de la justice.

De retour dans les rues, il reprend sans plus attendre ses occupations. Douze ans durant il s’applique à faire grossir du mieux qu’il peut son business tout en prenant des parts dans différents établissements et commerces de l’Ohio.

La loi ne le rattrape à nouveau le 20 avril 1966 lorsqu’une dispute éclate avec Sam Garrett, un ancien employé qu’il accuse de lui devoir 600 dollars. Impitoyable quand il s’agit de son argent, Don King le tabasse à mort en le piétinant.

S’il n’échappe pas cette fois-ci à la prison, absence de témoin aidant, le juge se montre des plus cléments en le condamnant à quatre ans seulement pour homicide involontaire.

Une fois sa peine purgée, à en croire sa légende personnelle, sa vie change du tout au tout : « Peu de temps après ma sortie, je me suis allongé près de ma femme et mes cheveux se sont mis à défriser et à se dresser sur ma tête. ‘Ping, ping, ping, ping!’ C’était Dieu qui m’intimait de rester dans le droit chemin. »

Et c’est ainsi qu’à l’orée de la quarantaine, Don King s’apprête à devenir véritablement Don King.

Les premiers pas

Propriétaire du bar/discothèque la Corner Tavern à Cleveland, il se lie à cette période avec le chanteur soul Lloyd Price, un proche de Muhamad Ali.

Une chose en amenant un autre, il réussit en 1973 à convaincre le poids lourd à venir mettre les gants dans sa ville afin de générer des fonds pour sauver un hôpital de banlieue menacé de fermeture.

Loin de s’en tenir à la simple tenue de ce combat d’exhibition, Don King en profite pour mettre au point la formule qui va faire son succès en transformant une simple manifestation sportive en spectacle à part entière – un défilé de mode est organisé en amont, un concert où sont conviées parmi les plus grandes stars de la black music (Marvin Gaye, Lou Rawls et Wilson Pickett) clôt les festivités.

Satisfait de ses services, séduit par sa vision, Ali lui propose dans la foulée de devenir son promoteur.

Désireux de poursuivre dans cette voie, il s’envole ensuite à Kingston en Jamaïque pour soutenir Joe Frazier dans sa défense du titre mondiale face au rookie George Foreman. Annoncé favori, Frazier est à la surprise générale mis KO au second round.

Saisissant la balle au bond, King s’empresse de sauter dans les bras de Foreman avant de quitter le stade dans sa limousine.

Interrogé sur ce retournement de veste aussi brusque que soudain, il a cette phrase qui aujourd’hui encore résume à elle seule toute sa carrière : « Je suis arrivé sur le ring avec un champion, et je suis reparti avec un champion. »

L’année suivante, le 30 octobre 1974, il réalise son chef d’œuvre : le Rumble in the Jungle, soit le plus grand combat de l’histoire de la boxe au cours duquel se sont affrontés en plein Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo) Muhammad Ali et George Foreman, là encore non sans que soit auparavant donné un concert d’anthologie.

[Voir le magnifique documentaire When We Were Kings pour comprendre toute la portée de l’événement.]

Et si vous vous demandez par quel miracle un ancien book tout juste libéré de cellule après une condamnation pour meurtre est parvenu à convaincre les deux plus grand sportifs de leur époque, le maréchal Mobutu Sese Seko, James Brown et la banque britannique Barclays à se mettre d’accord, admirez le tour de passe-passe : après avoir fait signer séparément à Ali et à Foreman un contrat leur promettant 5 millions de dollars chacun s’ils se rencontraient, King, qui en aucune mesure n’était en capacité de débourser une telle somme, s’en est allé démarcher différents dictateurs pour financer son projet.

Et parmi eux, Mobutu, ravi de s’offrir un coup de projecteur sur sa personne et son régime.

« Only in America! »

Ayant désormais les moyens de ses ambitions, Don King remet ça en 1975 un autre combat de légende, le fameux Thrilla in Manila, la belle mettant aux prises Muhammad Ali et Joe Frazier sous la chaleur étouffante des Philippines.

Fort de sa réputation, il commence alors à engager à la chaîne un maximum de talents dix ans durant jusqu’à contrôler dans les années 80 près d’une centaine de boxeurs et faire quasiment sienne la catégorie reine des poids lourds.

Outre son bagout sans pareil, il doit cette réussite à une clause de son invention aussi décriée qu’efficace qui stipule que quiconque souhaitant affronter l’un de ses poulains doit accepter de s’engager à ses côtés si jamais il venait à l’emporter.

Évidemment si une telle disposition est gagnante-gagnante pour lui, elle le place dans une telle position de monopole qu’aucun boxeur n’est en mesure de la refuser, au risque pour lui de tirer un trait sur ses chances de participer un jour à un championnat du monde ou même à un combat de premier ordre.

Déformais incontournable sur et en dehors des rings, Don King se voit officiellement pardonné pour son crime par le gouverneur de l’Ohio Jim Rhodes, apparaît dans la série Miami Vice, bosse avec Donald Trump et se paye même le luxe d’une (lucrative) escapade dans le monde de la musique en manageant la pharaonique tournée The Jacksons Epic 1984 Victory Tour qui marque le retour sur scène de MJ parmi ses frères.

Et c’est dans ce contexte de toute puissance qu’il met la main sur la dernière perle qui manque à son effectif : le plus jeune champion du monde des lourds l’histoire du noble art depuis ce 22 novembre 1986 où il a dépossédé d’un KO ravageur Trevor Berbick de sa ceinture WBC, Michael ‘Iron Mike’ Tyson.

Pour arriver à son but, Don King profite du décès son co-manager Jimmy Jacobs (celui-là même qu’il avait embrassé sur la bouche la nuit où il a battu Berbick), probablement l’une des toutes dernières personne sur Terre en mesure de réfréner les bas instincts de Tyson. Plus cynique que jamais, King s’invite à ses funérailles pour être présenté au boxeur et le courtiser en lui jouant le rôle du père de substitution.

La suite on la connaît : garde rapprochée remerciée (exit les fidèles Bill Cayton et Kevin Rooney), combats attrape-cash, drogues, divorces, condamnation pour viol… Tout ce que son ancien entraîneur et père spirituel Cus d’Amato avait corps et âmes tenté de prévenir de son vivant finit par arriver.

Ou pour citer Jack Newfield auteur d’une biographie au vitriol du sulfureux promoteur : « Sous la tutelle de Don King, Mike Tyson a perdu sa couronne, a perdu son argent et a perdu sa liberté. »

« Don King parle noir, vit blanc et pense vert »

Roi de l’embrouille, Don King cumule en effet un nombre ahurissant de procès pour escroquerie, avec en premier celui intenté par Tyson qui en 1998 l’a poursuivi à hauteur de 100 millions de dollars.

Mais ce sont aussi Lloyd Price qui clamait ne pas avoir reçu un seul centime pour son rôle d’associé à 50-50 dans le Rumble in the Jungle, Terry Norris, Lennox Lewis, Chris Byrd et même le grand Muhammad Ali qui l’ont également traîné en justice.

Après sa cuisante défaite en 1980 contre Larry Holmes (qui lui aussi poursuivra King bien des années plus tard), Ali comprend qu’il a été floué d’un bon million de dollars. Hospitalisé suite à ses blessures, encore en état d’hébétude, il est alors approché par l’un de ses associés, un certain Jeremiah Shabazz que King s’est assuré de grassement soudoyé, pour accepter 50 000 dollars dans une mallette en guise de compromis.

À la tête d’un système bien huilé, Don King tire toutes les ficelles sitôt un boxeur pris dans ses filets. À sa liste sans fin de ses connexions (avec les officiels, avec les gérants de casinos, avec les télés, avec les juges…), s’ajoute une science de l’enfumage juridique.

Prenez le cas Tim Witherspoon. Suite à une infection à l’oreille, King fait sauter sa licence. Mis au chômage, le promoteur lui fait alors signer quatre contrats différents (dont une feuille banche !) pour lever ladite suspension.

Et quand Witherspoon remporte en 1983 le titre WBC, c’est pour s’apercevoir très rapidement que sur le demi-million de dollars que lui a rapporté sa victoire il n’a touché en réalité que 90 000 petits billets verts – la faute notamment à l’un des papiers signés précédemment qui l’obligeait à engager le propre fils de Don King, Carl, comme manager et à lui reverser la moitié de sa bourse.

Mieux, le « Shakespeare du brassage de vent » comme il est parfois surnommé en coulisses se permet de mettre en échec le gouvernement américain quand ce dernier lui cherche des noises.

Accusé de fraude fiscale dans les années 80, il s’en sort sans la moindre amende. Suspecté en 1992 par le Sénat d’entretenir des liens avec le parrain de la mafia John Gotti et d’utiliser ses hommes de mains pour intimider ses employés, il ressort du tribunal blanchi, non sans déclaré tout sourire à la presse sur le parvis qu’il se rend de ce pas « à l’Église ».

Aujourd’hui de son propre aveu « semi-retraité » et « n’ayant pas organisé un vrai championnat du monde depuis deux décennies », si à l’image de ses cheveux qui s’affaissent chaque année un peu plus, Don King a quelque peu perdu de son panache d’antan, il n’en reste pas moins à 88 ans à l’affût de la moindre opportunité pour renaître de ses cendres.

Flirtant avec la caricature de lui-même, il s’exclame ainsi : « Tout ce qu’il me faut c’est trouver le bon boxeur. On ne sait jamais, la vraie vie est bien plus folle que la fiction. Sérieusement, qui aurait pu rêver d’une existence comme la mienne ? Moi en tout cas je n’y crois toujours pas : chaque matin quand je me réveille, je n’en reviens toujours pas d’avoir vécu ce que j’ai vécu ! »

source : booskap.com

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